Offrez vous un pur moment de plaisir ......... avec le livre de Soke Mabuni Ken'ei (Shito-ryu Karatedo)

Ce que je fais ici est une démarche rare de ma part. Car il y avait rarement lieu de la faire. Mais je voudrais vous inciter aujourd'hui à vous précipiter sur un livre qui vient tout juste de paraître aux Editions Dervy (je viens de le trouver en librairie), et que tout karatéka (comme tout budoka d'ailleurs) dégustera avec un plaisir extrême. Je veux parler de " La Voie de la main nue, initiation et karaté-do " de Maître Mabuni Ken'ei, fils de Mabuni Kenwa, le fondateur du Shito-ryu Karatedo. Je viens d'en finir la lecture et ma démarche est spontanée, parfaitement désintéressée par ailleurs. Car voilà : L'ouvrage est traduit avec finesse d'un texte japonais rédigé en 2001 par Shihan Mabuni à l'âge de 85 ans, avec une force et une maturité enfin conformes à l'idée que l'on est en droit de se faire de celles d'un authentique " maître ", que l'on a envie d'écouter, chose à quoi le tonitruant monde des arts martiaux actuels n'incite plus guère ! Il ne s'agit pas d'un ouvrage technique, qui aurait rejoint probablement sur les rayons de ma bibliothèque cette masse d'ouvrages que je n'ai jamais feuilleté qu'une seule fois et qui y dorment profondément, car il n'y a pas lieu d'y revenir. Mais ne soyez pas pour autant déçus. Non, c'est, enfin, et au contraire, d'une toute autre facture que ces éternelles productions pour tenter de valoriser la primauté d'un style sur un autre, ou pour affirmer un ego de plus à travers quelques photos valorisantes. Il s'agit ici de la compréhension profonde d'une démarche, d'une véritable initiation à un comportement, d'une formidable leçon de modestie, d'indications et de réflexions précieuses de la part d'un homme qui a suffisamment de recul pour pouvoir juger de l'évolution du Karaté depuis le temps où, enfant, il assistait aux amicales discussions entre son père et Funakoshi Gichin, notamment. Son analyse est perspicace, lucide, réaliste, sans complaisance avec son propre pays, à l'origine de bien des déviations par rapport à la tradition martiale, et étonnamment moderne. C'est écrit avec finesse, intelligence, érudition, modération, s'appuyant sur quantité de références à l'enseignement des anciens. Mabuni Sensei explique de manière logique et compréhensible par tous pourquoi deux mondes sont issus d'un Karaté apporté dans les années 1920 au Japon dans un but à l'origine éducatif (repensé dans cette optique par des Itosu Anko, Funakoshi Gichin, Mabuni Kenwa, Miyagi Chojun,…) mais très vite noyé dans la " westernisation " d'un pays niant de fait quantité de ses propres racines culturelles au nom d'une course vers l'efficacité capitaliste. D'où la césure définitive, irrécupérable tant que l'on aura pas délimité clairement l'un et l'autre, entre un Karaté sportif envahissant et spectaculaire (donc triomphant, selon les critères d'évaluation de nos sociétés ludiques), et un Karaté-do à finalité martiale (arme + éducation à la pratique de cette arme, s'ouvrant tout naturellement vers la non-violence et le respect de l'autre dans une société tolérante). La pratique ancienne se basait en effet sur une recherche tendant à inscrire l'homme dans l'univers, pour lui permettre d'en puiser une énergie infinie, alors que la pratique moderne, s'appuyant sur le culte du corps et de l'ego (avec comme toile de fond récurrente la soif de posséder) s'en tient à faire croire que la force que le pratiquant peut produire doit venir uniquement de lui-même, au prix d'entraînements extrêmes et finalement destructeurs pour le corps comme pour l'esprit.

Voici donc un message humaniste auquel je souscris avec enthousiasme et sans retenue, car il touche un convaincu depuis très longtemps, depuis mes premiers écrits à l'aube des années 1970 (relisez !)…Et que je tente, à l'automne de ma vie, de circonscrire clairement dans une pratique que j'ai appelée comme l'on sait " Tengu-no-michi ", pour mieux me trancher d'une pratique d'un Karaté dont l'image extérieure n'est décidément plus que sportive, et aussi pour prendre un peu de large par rapport à la seule technique (inhibante) de ce même Karaté. Quel plaisir de sentir ses propres efforts enfin appuyés par une autorité incontestable, et de façon inattendue ! Ce livre, d'où surgit un passé oublié mais précieux, est une incitation à suivre la Voie de " l'homme accompli ", qui est la vraie Voie proposée par le Karaté-do, une Voie que Soke Mabuni dépasse largement en ouvrant des pistes vers les spiritualités bouddhiste, taoïste et confucéenne. Un message d'où se dégage une grande sérénité, celle d'un homme de bonne volonté qui est allé jusqu'au bout de son choix de vie.

Puisse-t-il être lu et entendu …

Précipitez vous chez votre libraire et …savourez la sagesse d'un homme rare. Il n'en reste plus beaucoup !

Roland Habersetzer, St-Nabor, le 15 avril 2004 -  C.R.B.-Institut Tengu

 

Quelques extraits…..

" Vouloir qualifier une école de Karaté de traditionnelle pour la simple raison qu'elle préconise l'exercice des Kata me semble trop hâtif et dénué d'esprit critique "

" Contrairement au sport, l'idée même de se mettre volontairement dans une attitude offensive n'existe pas dans l'art martial. Attaquer de son propre gré est une idée qui relève du sport et non de l'art martial. Celui-ci est avant tout une technique d'auto-défense, et il est inconcevable de faire une compétition avec des techniques d'auto-défense "

" On ne peut pas toujours laisser le foyer d'agression se fomenter car il y va de la justice ou du principe à défendre, et lorsque ceux-ci semblent menacés, on ne peut pas attendre que l'agression vienne nous menacer de façon concrète. Par exemple, si votre famille ou l'un de vos proches sont la cible d'une agression extérieure, il n'est pas raisonnable d'attendre sans rien faire : nous avons l'obligation d'anticiper cette éventuelle agression en adoptant la tactique que nous appelons Sen-no-sen "

" Je dois ajouter que ce message de non-violence que pourrait répandre la Karaté n'est pas un appel motivé pour un raisonnement intellectuel comme le font par exemple les pacifistes. Je ne parle, ici, de la volonté de " faire vivre " soi et autrui que dans le cadre précis du Karaté. Cette notion de paix peut prendre naissance dans la pratique concrète du Karaté. Celui-ci est un art martial qui " fait vivre ", mais cela veut dire qu'il sait également " tuer ", et lorsqu'on arrive à un certain niveau martial après un long et difficile entraînement accompli avec persévérance, on acquiert une force suffisante pour tuer. A ce moment là, le cœur (Kokoro) commence à percevoir que " tuer " est une chose absurde et que l'important demeure, tout au contraire, dans le fait de " faire vivre ". Je veux dire par là que toute compréhension au niveau du cœur ne peut prendre naissance qu'après une recherche martiale physiquement effectuée "

 

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